La peinture de Guitiérrez Fiallo sous une première perception serait réaliste. Il exprime un univers quotidien : rues, paysages urbains la plupart du temps sans personnages. Un regard plus attentif, toutefois, ferait que le spectateur s'en remette à ce qui est intemporel. Si je mentionne cette dimension d'intemporalité il est parce que ses rues et espaces urbains en pouvant être datés -- les villes changent aussi ou déforment--, ils possèdent une vibration métaphysique. On pourrait dire que sa peinture, apparentement, manque de pathos (qu'elle s’écarte de tout accent lyrique, même de charge émotive). Le regard attentif trouve de la vigueur qui lui est propre à cette peinture. Il faut entrer en communion spirituelle avec elle pour recevoir "quelque chose" qui n'est pas un "message", "un todo" que n'a pas nom. Plus, entrer en correspondance avec la peinture d'Eduardo Gutiérrez Fiallo non connote effort démesuré mais simplement un se laisser envahir. Parce qu'elle non "représente" la réalité, mais plutôt elle exprime, interprète et nous laisse voir une vision profonde du monde. Par conséquent, qui ne fait pas de concessions. Non ; ses tableaux interrogent au spectateur. Peut-être ils le demandent ce que c'est le temps ? Qu’est qu’être homme ? Ce qui précède fait que ses tableaux doivent être interrogés. Aussi le silence de ses tableaux écoutés, pourquoi non ? Cela qui on fait les poètes devant une peinture profonde. Depuis Baudelaire, en passant par Apollinaire, en continuant avec Max Jacob et Francis Picabia (qui a été poète et peintre) et André Breton et plus près à nous Yves Bonnefoy, Henri Meschonnic, Lionel Ray, Bernard Noel etc., etc. Je continue avec le fil de mon explication, de mon "exposition". Certes, on peut imaginer que Gutiérrez Fiallo a peint pour lui. Pour exercer une rigueur sans limite, une exigence accomplie. De la même manière a affiner, a structurer une spiritualisation bien construite. Je puis peut-être affirmer que sa spiritualisation va de pair avec les religions de la renonciation. Je retourne à ses tableaux. Ils ont peu de ses sujets. Par exemple, des rues qui cherchent à nous dire « logent-moi, demeurent ici et maintenant, sans hâte compétitive, sans cadence effrénée, sans violence ». Sans frayeur non plus. Ses rues désolées nous disent : "il faut vivre en paix avec nous-mêmes". C'est pourquoi je considère sa peinture comme une peinture métaphysique. Une peinture qui révèle une manifestation de quiétude, qui expose un chemin isolé. Une peinture qui met en évidence un sentiment existentiel de la souffrance humaine, mais superbement contrôlée avec et par sa structuration classique et, de manière paradoxale, sa joie. Par ses couleurs vives, vigoureuses sa peinture nous impressionne parce qu'elle est exempte de stratagèmes. Il nous approche aux choses simples et sacrées de la vie quotidienne. Ces rues, ces espaces urbains nous invitent à découvrir le silence obscur. En lui il n'y a pas du chaos. Attention, pas d’attaque au chaos. à€ mon critère, le chaos remet à la genèse du changement des choses et, par conséquent, un idéal recommencement des choses. Par tout ceci, et de quelle manière paradoxale ! je considère, je répète, que sa peinture doit se situer dans l'expérience métaphysique. Cependant ses paysages urbains, ses espaces urbains, dépouillés d'imagination décorative vaine, sont exécutés avec une extrême précision géométrique. En récapitulant : la structuration classique, bien régie et à égale au subtile charge vigoureuse et désolée, et de quelle manière paradoxale ! Il y a davantage de paradoxes : il conjugue une friabilité fine avec une force tendue. Si quiétude imperturbable il y a celle-ci il vient de la main de couleurs baignées de lumière. S'il y a un motif est il nous remet à la question : que qu'est le temps ? Qu’est qu’est être homme ?

Je voudrais maintenant décrire un tableau qui Gutiérrez Fiallo m'a laissée en mai 2004, une paire de jours avant son départ à Lima. C'est un tableau, peint en bois, qui l'exigence extrême de l'artiste le destinait à l'incinération. « Si tu ne veux pas que je le détruise, prend-le » -- il m'a dite. Enchanté, je l’ai pris et porté à ma maison. Ceci est ce que je puis dire : je trouve que malgré la quiétude que nous montre ce tableau il la rend avec des couleurs vivaces et des séances plénières de lumière. La chose la plus réussi, l’auteur m'a dit, avec une simplicité suprême : « c’est Le Pont Neuf et la Seine. Nous voyons aussi un bâtiment, qui n'a rien de d'imposant, avec ses fenêtres multiples sans vie, cela fait un contraste saisissant avec le pont et la rivière. Une rivière épaisse, non calme, plutôt moi l'imagine chargé d'angoisses. Cette rivière fait contrepoint à un ciel de transparences métaphysiques subtiles. Ce qui est curieux dans le tableau est qu'il y a deux personnes qui sont entrelacées (j'ai déjà mentionné que généralement dans les tableaux de Gutiérrez Fiallo n'apparaissent pas des personnes). Le plus curieux est que le peintre les ait ajoutés après y avoir eu ce qui est daté. Il est évident que ce qui est ajouté est venu après l'année (87) et de la signature parce qu'on voit que dans cette partie du tableau les couleurs ont un ton plus allumé. Un autre essai qui a voulu changer ce tableau sont les grandes lignes géométriques avec craie blanche. Le tableau, à mon avis, n'est pas parfait ; toutefois il y a quelque chose qui me parle. J’oublie ce qui est brut, pour mon goà»t, de la statue équestre. Mais je me demande : pour quoi elle est lourde au milieu de tant de subtilité ? Cela exprime son dédain aux oripeaux du pouvoir ? Retour à cette partie ajoutée dans le tableau. Je suis sûr qui n'étaient primitivement pas ces deux personnes entrelacées parce qu’on peut se rendre compte que les tons des basses-fosses de pierres sont plus foncés. L'âme de l'artiste n'est déjà pas la même que celle qui faisait des environnements où était dévoilée le vide ? Dans ses nouveaux tableaux conjuguera-t-il de la peine et de la joie de vivre ?