Avec l'affaire de la vache folle, les Français n'ont pas été touchés au ventre mais au coeur. En effet, si les Français sont en majeur partie citadins, leurs racines paysannes ne sont pas loin et la plupart ont des attaches fortes en province et à la campagne. Beaucoup connaissent personnellement des paysans, des fermiers, des éleveurs de bétail, ou des vignerons, ils connaissent et apprécient leur travail.
A Paris, on vit souvent dans son quartier comme dans un village, on connaît son boucher, son boulanger, son marchand de journaux, des relations s'établissent au-delà de la simple fréquentation commerciale. Ainsi, imaginer que le boeuf, animal omniprésent dans les campagnes, figure enfantine de la faune domestique, vecteur indispensable de délicieux plats traditionnels ( bourguignon, pot-au-feu, entrecôte bordelaise, hachis Parmentier...) puisse, par l'intermédiaire de mon boucher qui appelle mes enfants par leurs prénoms, apporter la maladie dans mon assiette; c'est vouloir me briser le coeur.
Je connais un paysan de montagne qui va se lever au milieu de la nuit et grimper deux heures dans la forêt pour atteindre le pâturage et aider sa vache à veler. Et cet homme qui appelle sa vache par son prénom voudrait ma mort? Je ne peux pas le croire. Pourtant le problème est réel et l'inquiétude gagne les mangeurs de steak. Depuis l'affaire du sang contaminé, les Français ont un sérieux problème de confiance avec les autorités responsables de leur bien-être et de leur avenir. Ils ont découvert brutalement qu'il y avait des zones d'ombres de leurs existences qu'ils ne pouvaient traverser armés seulement de leur bon sens et de leur expérience. Dans le doute, abstenons-nous! Résultat, la consommation de boeuf chute de 40 % en quinze jours...
Alors pour soigner les peines de coeur ou lutter contre le blues, pourquoi ne pas se préparer une délicieuse fricassée de foie de volaille ! On trouve de délicieux foies de poulet, sur les marchés, chez les volaillers qui vendent en grand nombre des découpes de poulet ou des poulets fermiers rôtis et par-là même vident de nombreuses volailles et commercialisent les abats. Ils doivent être très frais et ne se conservent pas longtemps surtout lorsqu'il fait chaud. C'est un produit extrêmement économique qui révèle de véritables surprises.
Il faut pour deux personnes, 6oog de foie de poulet. Les lobes doivent être entiers et pas abîmés par le couteau ou écrasés par une manipulation brutale. Avec un ciseau on coupe au centre des lobes les restes de nerfs blanchâtres qui peuvent subsister. Dans une poêle à feux vif, on fait revenir dans de l'huile d'olive trois échalotes émincées et 150g de poitrine de porc fumée découpée en morceaux. Lorsque les échalotes et les lardons sont dorés, on verse les foies dans la poêle et on baisse à feu moyen. Les lobes sont saisis et on les sale et les poivre en les retournant délicatement. On laisse cuire une dizaine de minutes à feu moyen et on rajoute une gousse d'ail haché et une cuillère à moka de curry. Quand le fond de la poêle commence à attacher, on baisse à feu doux et on verse un demi-verre d'eau mélangé à un peu de vin rouge ou blanc. On frotte le fond de la poêle avec une cuillère en bois pour détacher les sucs et on laisse cuire tranquillement jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de liquide dans la poêle.
Les foies doivent être bien bruns à l'extérieur et marron pâle à l'intérieur, ils doivent rester souples et ne pas dessécher par une trop longue cuisson. Je rajoute à la fin de la cuisson trois piments d'oiseau hachés que je laisse juste chauffer dans la poêle et je vérifie avec la sauce si c'est assez salé, car le foie réclame pas mal de sel. Et je sers dans un plat. Les foies se mangent juste tièdes, c'est là qu'ils dégagent toute leur saveur et pour les amateurs avertis, froids le lendemain entre deux tranches de pain. Je les sers avec une salade verte assaisonnée à l'ail ou une salade de petits artichauts et si vous êtes une personne de coeur vous sortirez de votre cave une bouteille de Chablis que vous mettrez juste à rafraîchir dans un seau.
C'est un plat entre amis qu'on mange sur un bout de table en parlant du passé. Mais si vous voulez vraiment un secret; c'est un plat qu'on fait le soir vers 23 heures, qu'on laisse refroidir dans sa cuisine et qu'on emmène le lendemain à une partie de pèche ou de chasse et qu'on déguste au bord d'un torrent ou adossé au tronc d'un sapin.
Ingrédients: 600g de foie de poulet 150 g de poitrine de porc fumé 3 échalotes 1 gousse d'ail 1 cuillère à moka de curry 1 demi verre d'eau mélangé de vin rouge ou blanc 3 piments d'oiseau