thriller

EDEN

a review of Alain Claret's latest novel
Einar Moos
The lady and the unicorn

Guns, Alain Claret's main character Eden realizes, had replaced books. Von Clausewitz claimed that “War is the continuation of politics by other means”; means dissected in EDEN, a cutting-edge thriller about todays globalised neoliberal economic practices.

The corrupt Mexican Senator Perez Estrada sends his daughter Juana to Paris, to trace money belonging to the Sinaloa cartel. On the day of the dead, the cartel declare their war of “economic expansion” in Paris, leaving a bloody mayhem and the political system in disarray.

Alain Claret flourishes in Paris, knows its ins and outs, transforming real Paris into the stage of deadly entertainment.

EDEN is Alain Claret's 7th “roman” under the auspicious banner of Editions Robert Laffont, Paris. Unknown in English, his writing is closer to Bret Easton Ellis, to Jim Thompson or Raymond Chandler than his French counterparts. There are hints of Mario Vargas Llosa and Carlos Fuentes in EDEN. It is contemporary action-packed mystery writing at its best.

Les voleurs de temps

chapitre XXI
Alain Claret

Il y a un moment où quoi que vous fassiez, vous allez souffrir. C'est ce que je me suis dit, en entrant dans la cour, lorsque j'ai vu la porte de l'ancienne imprimerie ouverte, et l'homme qui attendait devant.

J'allais me rendre au commissariat du quatorzième, et je pensais aux larmes de Saint-Jérôme lorsqu'il avait découvert le corps de Barowsky, au visage figé de Bénédicte, aux cris de la femme d'Enderson la nuit qui avait suivi. Je pensais à tout ça et je regardais l'homme qui se tenait à l'entrée de l'imprimerie.

C'était un type malingre vêtu, malgré la chaleur, d'un épais costume de laine. Il se tenait nonchalamment appuyé contre la porte métallique, une main glissée dans la poche de sa veste, et me regardait avancer. Lorsque je fus à quelques mètres de lui, il sortit la main de sa poche, tenant une cigarette, la glissa entre ses lèvres, plongea de nouveau la main dans sa poche qui ressortit avec une boite d'allumettes. Sa main droite pendait le long de son corps, molle et inutile. Il enflamma l'allumette, toujours d'une seule main, alluma la cigarette en faisant une petite grimace. Puis la main et la boite d'allumettes disparurent dans la poche comme un petit animal craintif.

Autopsie d'un chasseur.

chapitre XXI
Alain Claret

Barowsky parlait lentement, il mâchait tous ses mots. Je ne comprenais pas ce qu'il voulait dire mais il avait l'air de savoir de quoi il parlait. Et il avait une espèce de fureur sacrée qui forçait l'attention:

Chair triste

chapitre XX
Alain Claret

Bénédicte se trompait, il y avait des fissures au plafond mais elle ne les voyait pas car elle ne levait jamais la tête.

Barowsky ne tarda pas í  rappliquer. Je lui fis un vague signe de la main et il alla s'asseoir prí¨s de la fenêtre en regardant à travers les fentes des volets clos. Il avait toujours ses lunettes noires et il transpirait. Avec sa large chemise blanche tendue sur son ventre, ses pantalons noirs, son air crispé ; il ressemblait í  un tueur í  gages qui a posé sa mallette í  ses pieds et surveille sa victime dans la maison d'en face.Bénédicte se trompait, il y avait des fissures au plafond mais elle ne les voyait pas car elle ne levait jamais la tête.

Barowsky ne tarda pas à  rappliquer. Je lui fis un vague signe de la main et il alla s'asseoir près de la fenêtre en regardant à  travers les fentes des volets clos. Il avait toujours ses lunettes noires et il transpirait. Avec sa large chemise blanche tendue sur son ventre, ses pantalons noirs, son air crispé ; il ressemblait à  un tueur à  gages qui a posé sa mallette à  ses pieds et surveille sa victime dans la maison d'en face.

Des bêtes autour de vous

chapitre XIX
Alain Claret

Je passais devant Bénédicte qui classait des dossiers, un genou à terre, le buste penché sur un tiroir ouvert. Elle donnait l'impression de nourrir un monstre métallique, la gueule béante, prenant garde à ne pas caresser la bête immonde avec sa chevelure blonde.

Paroles d'ivrogne

chapitre XVIII
Alain Claret

Dans son bureau Enderson, le psychiatre, me regardait. Il n'était pas rasé, il avait une mine de plomb, les yeux piqués de petites aiguilles sanguinolentes derrière ses lunettes aux verres sales, ses cheveux longs et gris plaqués contre son crâne comme un filet qu'une ménagère aurait passé autour de sa tête avant d'épousseter son mobilier. Il était vêtu d'une chemisette au col raide dont les rayures sinueuses semblaient courir après on ne savait quel rêve parallèle, et d'un short lâche, les pieds nus, livides, plantés dans des sandales de cuir. Il prit une de ses cigarettes préparées à l'avance dans la boite métallique et rejeta une fumée âcre et parfumée.

Une leçon de solitude

chapitre XVII
Alain Claret

- Je ne sais pas comment te dire ça mais il faut que je te le dise, dit Manon! J'ai l'impression que c'est plus facile maintenant que l'appartement est vide, dit-elle.
Je souris; non pour l'aider ou pour me donner une contenance, mais parce que ça me faisait plaisir de lui sourire.
- Ne sourit pas, Jack, s'il te plaît! ne sourit pas...
- Qu'est-ce qui ne va pas, Manon?
- J'ai honte mais je déteste ma mère...
- Tu détestes Frieda!
- Je ne peux plus la supporter, voilà la vérité!
- C'est à ce point?
- Oh! Jack! Je la déteste...

Elle eut comme un hoquet, baissa les yeux et se tourna vers la fenêtre.
Tous les bruits de la cour semblèrent se précipiter dans la pièce lorsqu'elle pivota; des bruits de vaisselle, des cris d'enfants, une rengaine nonchalante qui sortait d'une radio.

- Qu'est-ce qui s'est passé?
- Cet immeuble aussi je le déteste, dit-elle. Et elle ferma brusquement la fenêtre, passa près de moi et se retrouva à l'autre bout de la pièce vide.
- Passerose... dis-je.

Elle se laissa glisser le long du mur. Je savais que quelque chose ne marchait pas, j'avais suffisamment vécu ici pour que cet appartement soit plein de souvenirs mais cette fois-ci la pièce était tellement vide que je n'arrivais pas à y croire vraiment.

Les papillons de Venise

chapitre XV
Alain Claret

- Qu'est-ce que tu fais là?
- Je t'attendais, dit Manon.
- Et ta mère?
- Travaille.
- Et toi?
- J'ai envie d'aller au cinéma. J'aime bien ton appartement, comme ça, vide, dit-elle.
- On m'a dit que tu avais pleuré lorsqu'ils l'ont vidé.
- C'est ma mère qui t'a dit ça?
- Oui.
Elle fit une grimace et regarda le plafond.
- Ma mère dit n'importe quoi! Elle ne comprend jamais rien à  ce qui arrive.
- J'aime bien ta mère Passerose!
- Je sais. Ne m'appelle pas Passerose, je ne suis plus un bébé! Maman m'a dit que tu étais dans une clinique...
- C'est vrai, Passerose.
- Pourquoi tu ne m'as pas prévenue?
- Prévenue de quoi?
- Que tu étais malade?
- Je suis un alcoolique.
- Elle dit que c'est une maladie.
- Elle doit avoir raison.
- Quand je te dis qu'elle ne comprend rien à ce qui se passe!
- Peut-être que c'est nous qui ne comprenons rien.
- à‡a serait bête!
- Qu'est-ce qui serait bête?
- Que ce soit pas nous qui comprenons ce qui se passe...
- Qui ça, nous?
- Toi et moi, Jack...

De l'alcool et des larmes

chapitre XIV
Alain Claret

L'enfant s'était mis à pleurer. Je l'avais pris dans mes bras et je le tenais comme j'avais vu sa mère le faire. J'essayais de le bercer tout en marchant dans la pièce. Il cessa de crier et me fixa de ses deux yeux minuscules. Je détournai le regard et allai me servir un nouveau verre. Il ne pesait presque rien, ne bougeait pas, mais ses yeux et sa bouche paraissaient insatiables. Il me fixait, les lèvres en avant, laissant sortir un petit bout de langue rose, comme s'il cherchait à téter.

Je le reposai sur le canapé et allais me servir un nouveau verre.L'enfant s'était mis à pleurer. Je l'avais pris dans mes bras et je le tenais comme j'avais vu sa mère le faire. J'essayais de le bercer tout en marchant dans la pièce. Il cessa de crier et me fixa de ses deux yeux minuscules. Je détournai le regard et allai me servir un nouveau verre. Il ne pesait presque rien, ne bougeait pas, mais ses yeux et sa bouche paraissaient insatiables. Il me fixait, les lèvres en avant, laissant sortir un petit bout de langue rose, comme s'il cherchait à téter.

Je le reposai sur le canapé et allais me servir un nouveau verre.

Un monde trop grand

chapitre XIII
Alain Claret

Manon était assise sur le plancher et feuilletait le livre sur Newton. Elle attendait patiemment, assise en tailleur, le nez plongé dans le livre, ses petites mèches brunes et pointues mélangées à sa main et à la peau blanche de ses joues. Elle n'avait pas bougé lorsque j'avais ouvert la porte, en revenant du café de l'avenue Montparnasse. Elle n'avait même pas levé la tête. Elle m'avait ignoré complétement jusqu'à ce que je sois derrière elle.
J'avais vu son dos rond d'enfant, ses bras nus serrés contre son corps maigre et je lui avais dit bonjour comme un homme dit bonjour à une jeune femme qu'il ne connaît pas bien. Elle avait levé la tête du livre, tourné le visage vers moi et m'avait sourit sans répondre, et refermé le livre. Elle portait des lunettes maintenant avec des montures rondes en plastique noir et de très jolis yeux comme des algues-marines, une bouche couleur de fraise et un petit nez retroussé comme on en voit dans les bandes dessinées.
Des années auparavant, Frieda avait frappé chez moi. Elle avait Manon dans les bras. C'était un bébé à l'époque, âgé de deux ou trois mois. Frieda venait de se disputer avec son mari et il était parti en claquant la porte. Elle m'avait demandé si je pouvais garder l'enfant pendant une heure ou deux, le temps qu'elle retrouve son mari et qu'elle le ramène. Frieda savait que j'avais un faible pour elle.

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