Carlos Henderson

Carlos Henderson

Rencontre avec un exilé volontaire.

Carlos Henderson, parlez-nous un peu de vous.

Je suis né à Lima, la capitale du Pérou, en 1940. Après avoir suivi une scolarité traditionnelle, je me suis inscrit à l’université. J’écrivais déjà de la poésie à cette époque, et après une année de cours décevante, j’ai décidé de tout abandonner pour me consacrer à cette passion. Jetravaillais de temps en temps, par nécessité. Je passais le reste de mon temps à écrire, à lire, à discuter et échanger avec amis. J’ai également beaucoup voyagé en Amérique du Sud, et j’ai vécu au Mexique. Ces années très riches ont nourri et construit mon esprit créatif.

Quand êtes-vous arrivé en France ?

En 1971, j’ai passé 6 mois à Paris pour apprendre le français. J’aimais beaucoup la poésie française et je voulais la lire en version originale. Et puis en 1973, je suis revenu en France, pour y faire des études. J’ai étudié la sociologie de la littérature à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales. J’ai obtenu une maîtrise. Ensuite, j’ai fait un doctorat, à Paris X-Nanterre, sur Marelle (Rayuela) de Julio Cortázar, un très grand écrivain argentin. Mes diplômes en main, je suis retourné à Lima pour enseigner la littérature française. J’étais spécialiste du Nouveau Roman. J’avais une bibliothèque phénoménale, réputée plus importante que celle du centre Georges Pompidou ! Finalement, en 1993, des raisons familiales m’ont fait revenir en France. J’ai enseigné la littérature hispano américaine à ceux qui faisaient un DEUG, mais aussi aux étudiants préparant le CAPES à l’université d’Amiens, et je me suis installé aux Ulis.

Et durant tout ce temps, vous avez continué à écrire ?

Bien sûr ! J’ai rédigé de nombreux essais pour des revues, en étroite relation avec mon travail de professeur. J’ai également publié une dizaine de recueils de poésie, la plupart au Pérou, dans ma langue maternelle. J’écris aussi en français, mais plus rarement. Néanmoins je suis ravis d’être inclue dans l’anthologie, publiée fin 2008 par Seghers, Poésies de langue française. 144 poètes d’aujourd’hui autour du monde. Mon deuxième recueil, Vers la phrase infinie, vient tout juste de paraître aux éditions l’Harmattan. Ma poésie est celle de l’expérience intérieure, de la recherche du soi. Je suis particulièrement fier de ce recueil, car la préface a été écrite par Bernard Noël, un grand poète et écrivain français. Il a été salue par le poète français Jacques Ancet, par le poète chilien, qui habite à Paris, Waldo Rojas et par le directeur du Printemps des Poètes, Jean-Pierre Siméon. Depuis que je suis à la retraite, je peux de nouveau me consacrer entièrement à la poésie. Je travaille sur trois recueils inédits, qui représentent 10 ans de travail ! Je voudrais mentionner une phrase qui m’a écrit trois mois avant sa mort Henri Meschonnic, l’illustre théoricien de la littérature, traducteur et poète : « J’ai beaucoup aimé vos traductions de Et la terre coule et vos poèmes de L’excès noir sont étranges et impressionnants. » J’ai également mis en place une association aux Ulis, à laquelle tout le monde peut adhérer : Association des Amis de César Vallejo.

Quel est le but de cette association ?

Nous travaillons pour faire connaître l’œuvre et la vie de César Vallejo, un immense poète péruvien, contemporain de Pablo Neruda (poète chilien). Pour cela, nous organisons des soirées plusieurs fois par an. Nous y lisons des textes du poète, en espagnol et en français, et des spécialistes viennent parler de son travail. Poètes, musiciens et danseurs se greffent à ces conférences. Vallejo était un poète métis, qui se battait pour la justice sociale. Sa poésie, très moderne, a eu une influence considérable sur la littérature hispanique. Contrairement à moi, qui suis un exilé volontaire, Vallejo a été obligé de fuir son pays pour des raisons politiques.
Il a vécu et est mort à Paris. Aujourd’hui, au Pérou, mais également dans toute l’Amérique du Sud c’est un Dieu. Mais en France, hormis quelques initiés, on le connaît mal, voire pas du tout. C’est vraiment dommage ! Je rêve qu’un jour une rue ou une école porte son nom !

En dehors de cette association, quels sont vos projets ?

En ce moment, je traduis des textes de poésie française en espagnol, pour des sites internet. J’aimerais prolonger ce travail et aller avec ces traductions dans des pays hispanophones, pour parler de la poésie francophone et la faire connaître.
Un autre projet me tient vraiment à cœur : créer aux Ulis un atelier de poésie, pour aider tous les poètes en devenir qui auraient besoin de conseils pour se lancer. J’ai 50 ans d’expérience à mon actif ! Je crois que cela pourrait servir, non ?

Encart : Si vous êtes intéressé par l’Association des Amis de César Vallejo ou par l’idée d’un atelier de poésie, n’hésitez pas à contacter Carlos Henderson à l’adresse mail suivante : carlos.henderson0171 at orange punto fr