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Des bêtes autour de vous
chapitre XIX
Alain Claret
Je passais devant Bénédicte qui classait des dossiers, un genou à terre, le buste penché sur un tiroir ouvert. Elle donnait l'impression de nourrir un monstre métallique, la gueule béante, prenant garde à ne pas caresser la bête immonde avec sa chevelure blonde.
- Je vous accompagne, me dit-elle.
J'ouvris la porte sans l'attendre.
- Pourquoi marchez-vous si vite? demanda-t-elle en allongeant le pas pour me rattraper. Nous traversions la large pelouse, la forêt tout autour, remplie d'autres bêtes féroces, d'elfes et de gnomes.
Je passais devant Bénédicte qui classait des dossiers, un genou à terre, le buste penché sur un tiroir ouvert. Elle donnait l'impression de nourrir un monstre métallique, la gueule béante, prenant garde à ne pas caresser la bête immonde avec sa chevelure blonde.
- Je vous accompagne, me dit-elle.
J'ouvris la porte sans l'attendre.
- Pourquoi marchez-vous si vite ? demanda-t-elle en allongeant le pas pour me rattraper. Nous traversions la large pelouse, la forêt tout autour, remplie d'autres bêtes féroces, d'elfes et de gnomes.
- J'ai des choses à faire, M'ame !
- Et quelles choses ? demanda-t-elle en me prenant le bras pour me forcer à ralentir.
- Il faut que je m'allonge sur mon lit et que je finisse de compter les fissures du plafond!
- Il n'y a pas de fissure à votre plafond ! Vous êtes en colère?
- Oui, M'ame!
Elle lâcha mon bras et ne dit plus rien. Je ralentis et me tournai vers elle.
- Je devrais vous détester mais je vous aime bien ! Comment est-ce que vous faites?
- Vous voulez vraiment le savoir?
- Oui!
- Je suis bien payée!
- C'est une bonne explication! dis-je. Je vous remercie. Nous nous remîmes à marcher, maintenant ce n'était plus la peine de courir.
- Qu'est-ce que vous savez de la femme d'Enderson?
- Je n'ai pas le droit d'en parler aux...
- Aux malades ? Aux ivrognes?
- Aux malades, aux patients, aux clients, à nos invités! Employez le mot que vous voulez!
- Je vois que vous êtes vraiment bien payée!
Elle se mit à rire en repoussant une mèche qui lui tombait sur les lèvres. Elle avait une grande bouche et des dents égales et brillantes. Je n'aimais pas son vernis à ongle, sa grande bouche devait la gêner car elle riait en la cachant derrière ses doigts.
La façade de la maison luisait sous le soleil, les vitres étincelaient. C'était une merveilleuse matinée de mai.
- Est-ce que vous vivez là, M'ame?
- Non, le soir je prends ma petite voiture rouge et je traverse cette forêt sans m'arrêter!
- Elle vous fait peur?
- Oui, c'est ridicule, mais un peu!
- Vous devriez en parler à Enderson, M'ame!
- Je crois qu'il la craint encore plus que moi!
J'eus l'impression qu'elle regarda un bref instant par-dessus le mur et qu'elle frissonna.
- Madame Enderson s'est enfuie un soir et a passé la nuit là-dedans, dit-elle. Il a fallu faire une battue, comme à la chasse. On l'a retrouvée vers neuf heures du matin, elle n'a plus jamais été la même !
- Qu'est-ce que vous croyez qu'il y ait là-dedans ! Elle secoua la tête, ça avait du être quelque chose car elle avait perdu tout son entrain.
- Je l'ignore, dit-elle. Des bêtes, je suppose!
- Il n'y a rien, dis-je. Des arbres et vous, et la nuit autour de vous!
- Bien sûr, vous avez raison!
Nous franchîmes le sas de l'entrée et les portes chuintèrent derrière nous. On voyait maintenant les arbres à travers le verre fumé et les chants des oiseaux cessèrent net. Le hall était désert comme à son habitude, des longues traînées de lumière hachaient les fauteuils vides et les meubles anciens.
Bénédicte attendait devant l'ascenseur et la lumière allait aussi jusqu'à elle et dessinait ses jambes sous sa blouse de coton blanc.
- Dites-moi Bénédicte, est-ce qu'il vous arrive lorsque vous êtes rentrée chez vous, de mettre deux glaçons dans un verre et de faire couler dessus une bonne dose de whiskey irlandais?
- Nous y voilà ! dit-elle. Parlons de ma vie intime ! Oui, ça m'arrive Monsieur Garamond!
Elle entra dans l'ascenseur, le néon effaça ses jambes et posa sur son visage deux barres de lumière orange. - Et vous pensez qu'un jour M'ame, vous m'emmènerez dans votre petite voiture rouge voir ce qu'il y a de l'autre coté du mur?
- Je crois que je suis trop bien payée pour cela, Monsieur Garamond!
Les portes se refermèrent sur elle. Je traversais les hachures de lumière pour regagner ma chambre.
*
Submitted by Alain Claret on Mon, 01/19/2004
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