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Loufried
Es schadet nichts, gottlos zu sein, wenn man Gott nur wirklich los ist. (1)
Je suis venue vous demander dans quel monde vous vivez.

Mais il serait mesquin de ma part, et peu généreux, d’être venue simplement vous questionner.
Alors je suis là, aussi, pour vous livrer un secret.
S’il était possible, j’aimerais être votre amie. Oui, par-delà le temps et l’espace qui nous séparent, je voudrais sincèrement vous aimer.
Je vous en prie, ne m’en veuillez pas si quelquefois le noir se fait. Je ne vous vois pas, je ne vous entends pas. Il y a quelque chose en moi que je ne peux ni voir, ni entendre...
Freundin,
Wen er liebt, den lockt er gerne - Weit hinaus im Raum und Zeit - Über uns glänzt Stern bei Sterne, Um uns braust die Ewigkeit. (2)
C’est d’une voix anonyme. Les mots sont pour vous, cette voix est inscrite en moi. Elle passe et me traverse, elle flotte autour de moi, comme le drapeau où était inscrit le mot LOUFRIED , en grandes lettres noires. Et le L semblait vouloir pousser les autres lettres et les jeter au vent.
Maintenant il s’agit de ne rien laisser au vent.
En 1931, j’ai écrit une longue lettre à Herr Freud. Il me restait seulement six années à vivre. Herr Freud était malade, il relevait d’une opération à la mâchoire et sa vie était devenue un enfer quotidien. Il m’a répondu fort gentiment. C’était une lettre d’hommage et de respect pour son soixante-quinzième anniversaire dans laquelle je m’efforçais, le mieux possible, de dissimuler le secret qui me rongeait. J’étais ce que l’on peut appeler une vieille femme mais je tenais encore les rênes de mon existence. Elle était harnachée solidement à des chevaux de poste qui ressemblaient à ces fonctionnaires convenablement nourris, d’une santé approximative mais surveillée, et suffisamment compétents pour faire le travail qu’on leur demande.
Je tenais enfermé un cheval noir et furieux qui claquait le sol de ses sabots, ruait à la moindre odeur humaine, et menaçait d’éventrer les portes si jamais je prononçais son nom.
Dans quel monde vivez-vous?
Je vois un grand lac entouré de forêts.
J’entends un martèlement de sabots sur une terre gelée,
La forêt est en flammes, le feu avale tout, les arbres et la nuit. Il passe à travers le silence comme un train fou.
Un millier de chevaux galopent pour échapper aux flammes.
Des chevaux nus, écumants,
Ils se jettent dans le lac d’un seul mouvement, nageant vers la rive, leurs têtes haut dressées, frappant l’eau noir pour vivre encore.
Par dessus le ronflement des flammes, un immense claquement résonne.
L’eau se fige à l’instant, gèle et glace, emprisonnant les bêtes.
Un millier de chevaux sont morts brutalement cimentés par la glace.
Et le soleil qui se lève montre leurs crinières raides, leurs yeux figés, mouvement arrêté, muscles et peau transformés en pierre.
Dans quel monde vivez-vous?
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