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RELIEFS DE ALBERTO GUZMÁN : MANDALAS DE L'ART CONTEMPORAIN
Carlos Henderson

ALBERTO GUZMÁN
On sent plus que jamais un maître en harmonie avec lui-même : ses « reliefs » sont des mandalas sans divinité. On peut dire sans crainte que l'art contemporain est aussi un support de méditation.
Loin de lui les grands récits, les grands discours, les mots abondants pour se faire remarquer : c'est seulement après trois mois d' intenses conversations ou de simples silences, que j'ai été informé qu'il figure dans le Master drawings from the Louvre and National Museums in Paris ( Dessins de Maîtres du Louvre et des Mussées Nationaux de Paris), livre publié en 1997, au Japon, où sont Kandinsky, Picasso, Matisse, etc.; c'est à dire les plus grand maîtres du XX siècle. Il est également dans l'ouvrage 21 sculpteurs ouvrent le 21 éme siècle, à côté de Maillol, Bourdelle, etc.
Après sa première exposition personnelle à Lima, Pérou, en 1959, il fait l'année suivante sa première exposition personnelle à Paris. Il montre des sculptures en fer : fils soudés de fer qui se dressent autour des sphères, d'autres sphères pleines de balles usées. Là apparaît un clair symbolisme: la terre est envahie par la violence.
Très vite Alberto Guzmán découvre un langage universel : l'artiste cramponné dans son temps, contre son temps comme tout grand artiste. Ensuite ses sculptures suggèrent une idée plus élaborée, avec deux sphères en tension reliées par des fils de fer: '' l'homme d'aujourd'hui ne peut pas trouver l'unité".
Puis sont venus les dessins sur papier, sur carton, avec la recherche de la répartition de la lumière et de l'ombre, avec l'ouverture d'un demi cercle dans le carton. Avec nuance, l'artiste semble nous dire maintenant que "pour l'homme, il est difficile de trouver l'unité".
Guzmán puise sa réflexion dans la riche et très ancienne culture péruvienne. Et que cela ne nous surprenne pas, dans l'orientale aussi, entre autres. Sans doute, la sophistication est gouvernée, apprivoisée par la vivacité fulgurante du geste de l'artiste. Lignes mystérieuses, éclatement et paroxysme des graphismes dans ses encres sur papier ou carton, les couleurs raffinées s'allient à la couleur naturelle de l' ocre, du noir et du blanc.
Dans certaines de ses sculptures Guzmán utilise la forme des pyramides ; et cherchant un langage universel, certaines sculptures font remémorer les dessins rupestres. Il est venu en France avec un riche bagage comme artiste et comme homme. Pour faire ses études il a dû conduire des gros camions ou des taxis qui parcouraient tout le Pérou.
Muni de ce back ground, il est arrivé à Paris avec tous les honneurs de la capitale du Pérou, avec la médaille d'or des Beaux Arts.
A Paris il s'est lié d'amitié avec le peintre Emile Compard. Amitié qui a été très significative. Ses amis de Lima savaient qu'il pouvait faire une Œuvre remarquable et l'on poussé a cela. Un d'entre eux lui a fait comprendre qu'il devait voyager dans un grand centre d'art tel que Paris, et comme Alberto lui demandait "Et comment faire ?" La réponse a été : "à la nage, mais vas y !"
Son besoin de créer des formes élégantes et vigoureuses s'est toujours accompagné de l'étude des artistes qui l'ont précédé et qui ont réalisé une Œuvre majeure . Il est devenu un habitué du Louvre, a été auditeur libre du séminaire de Pierre Francastel. Infatigable dans le travail et fidèle à ses amis, toujours disposé à faire la fête une fois le travail accompli.
Il faut souligner qu'Alberto Guzmán a le don d'enseigner et de transmettre. Une fois, il m'a expliqué sans un mot de trop, comme un maître oriental, que Giacometti avait présenté une sculpture qui représentait une place dans laquelle il y avait un groupe d' hommes en train de marcher. Ceux-ci formaient une ligne reliant la place et les hommes, la posture de ces hommes en train de marcher formait chacun un triangle : pour faire la démonstration il s'est mis debout pour me montrer le triangle.
Dans l'élaboration d'un grand projet pour son oeuvre, Alberto Guzmán a connu la notoriété quand il a été choisi entre les meilleurs sculpteurs du monde pour construire des pièces monumentales pour les Olympiades de Séoul en 1988. Guzmán a réalisé des sculptures de trente tonnes en marbre.
Grâce aux trouvailles de l'ajour qui caractérisent ses marbres les plus personnels, il a transposé ce style et cette technique à ses dessins.
On a pu le constater dans l' exposition que l'artiste a montrée à l'Espace 1789 à Saint-Ouen, la proche banlieue de Paris, du 25 janvier au 6 mars 2005. Ce fut une belle exposition dans un grand espace : les dessins des différentes époques et certaines sculptures ont été magnifiquement présentés.
Une de ces sculptures est digne d'être mentionnée, «Pandore », parce qu' elle exhibe en plus d' un ajour plein de lumière, selon mon imaginaire, des plis très voluptueux d'une belle qui s'offrent à nos caresses.
A la Galerie Mayer-Oceanic Art, dans le cadre de l'évènement Art-Saint-Germain -des-Près , Guzmán présente la formulation des ses énigmes, de ses vertiges mentaux, de ses interrogations, de ses intuitions, de ses plongées dans l'espace du dedans : des mandala sans divinité, c'est ce qu'il nous propose cette fois. Chaque « relief » montre un espace mental incarné.
La tension des forces contraires que nous révèlent ses sculptures, ses dessins qui nous disent que pour l'homme il est impossible de trouver l'unité, maintenant ses « reliefs » permettent de concevoir qu' il est possible de trouver une délivrance. Chaque « relief » comme chaque mandala est un support de méditation. Des formes simples disposées dans l'espace : flèches, cercles et trous dans le métal, par exemple les « reliefs » N ° 101, 102, 115.
Il y a des trous dont on peut dire que ce sont des gamètes, c'est -à-dire des éléments de la genèse biologique de l'homme, mais aussi des fractures, des brisures ( « relief » N °17) qui font contraste, contrepoint avec des formes délicates qui sont la splendeur de l'ajour revisité.
On est tout de suite gagné par la beauté de ces pièces, quand on les analyse, on voit que l'artiste a cherché à ce que leurs formes et leurs patines soient délicates mais vigoureuses. Le tout exprimant force et finesse.
Certes, ce sont des formes quotidiennes et communes, mais les forces obscures nonobstant s'expriment dans le « relief » N °105 par des cercles brisés entre un carré qui laisse passer la lumière qui éclaircit, selon mon imagination, les vagues des ténèbres. La lumière inconnue. Dévoilée.
Carlos Henderson, 2005
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