Elles blessent toutes, la dernière tue.

chapitre XI
Alain Claret

A ce moment-là, on avait frappé à la porte et Bénédicte était entrée. Barowsky se mit à regarder ses chaussures et Saint-Jérôme la dévisagea avec ironie.
Elle était effectivement blonde et assez belle, avec une peau halée par l'été et des yeux bruns et chauds derrière des lunettes à monture d'écaille. Elle passa devant Saint-Jérôme sans lui prêter attention et me demanda comment je me sentais. Je lui répondis que je n'en savais rien.
- Monsieur Enderson désire vous voir, me dit-elle, le nez levé comme pour humer le vent.
- Monsieur Enderson ? - Monsieur Enderson désire vous voir, me dit-elle, le nez levé comme pour humer le vent.
- Monsieur Enderson ? A ce moment-là, on avait frappé à  la porte et Bénédicte était entrée. Barowsky se mit à regarder ses chaussures et Saint-Jérôme la dévisagea avec ironie.
Elle était effectivement blonde et assez belle, avec une peau halée par l'été et des yeux bruns et chauds derrière des lunettes à monture d'écaille. Elle passa devant Saint-Jérôme sans lui pràâter attention et me demanda comment je me sentais. Je lui répondis que je n'en savais rien.
- Monsieur Enderson désire vous voir, me dit-elle, le nez levé comme pour humer le vent.
- Monsieur Enderson ? A ce moment-là, on avait frappé à  la porte et Bénédicte était entrée. Barowsky se mit à regarder ses chaussures et Saint-Jérôme la dévisagea avec ironie.
Elle était effectivement blonde et assez belle, avec une peau halée par l'été et des yeux bruns et chauds derrière des lunettes à monture d'écaille. Elle passa devant Saint-Jérôme sans lui pràâter attention et me demanda comment je me sentais. Je lui répondis que je n'en savais rien.
- Monsieur Enderson désire vous voir, me dit-elle, le nez levé comme pour humer le vent.
- Monsieur Enderson?
- Monsieur Enderson est le directeur de cet établissement, si vous voulez bien me suivre!
Je saluais mes nouveaux amis et la suivis le long d'un couloir inondé de soleil. Les portes béantes d'un immense ascenseur nous attendaient et lorsqu'elles se furent refermées derrière nous, Bénédicte me sourit et me tendit la main.
- Nous sommes heureux de vous accueillir dans notre maison, Monsieur Garamond. Je suis Bénédicte Hellman, la responsable de ce service. J'espère que votre séjour sera aussi agréable que possible.
Je me demandais si elle avait entendu notre conversation. Quelque chose me disait qu'elle savait exactement à quoi s'en tenir et qu'elle était capable de se sortir de n'importe quelle situation. Je ne pouvais m'empêcher de regarder ses cheveux blonds, épais et mêlés, comme si une main large et caressante venait à peine de les quitter.
Nous sortîmes du bâtiment qui paraissait désert. Nous traversâmes une allée de graviers blancs qui craquaient sous nos pas et lorsque nous atteignîmes la pelouse qui était au centre de ce qui semblait être un grand parc, je dus m'arrêter pris de vertige.
- Non ! Je n'y arriverai pas !
- Ça ne va pas ?
Je sentis sa main sur mon bras, je ne voyais plus rien, sinon un mélange d'éclairs jaunes et verts qui montaient de ma poitrine jusqu'à mon front. La sueur se mit à couler dans mon dos et ma gorge se serra au point que je crus étouffer.
- Appuyez-vous sur moi.
J'entendais sa voix très loin. Elle semblait venir de la barrière d'arbres verte et noire qui entamait une sarabande sous le bleu cru du ciel. Il y avait trop de lumière, trop de couleurs, l'espace était rempli d'un air vif qui me paralysait. Toute cette nature autour de moi essayait simplement de me tuer et des milliers d'oiseaux reprenaient le même air stupide et envoûtant.
- Ça va aller maintenant!
J'ouvris les yeux, elle était penchée vers moi, mes deux mains sur ses épaules qui froissaient l'étoffe de sa blouse. Elle souriait, sa bouche était rose, sinueuse, ses yeux me parurent graves et comme détachés d'elle. Puis je pris conscience qu'elle me soutenait et que mes doigts entraient dans la chair de ses épaules.
- Excusez-moi!
- Ce n'est rien, c'est fini maintenant !
- J'ai besoin d'un verre !
- Oui.
- J'ai absolument besoin d'un verre, sinon vous ne me ferez pas traverser cette pelouse.
- Ça va aller très bien.
- C'est une pelouse absolument atroce et il n'est pas question que je la traverse !
- Calmez-vous !
- Et ce putain de soleil ! Vous croyez que je vais m'installer sous un arbre et faire un pique-nique ?
- Je vous en prie ! - Vous croyez que vous allez pouvoir rester là à me sourire et à me faire avaler ces arbres et cette lumière ? Vous croyez vraiment ça ?
- Ne me parlez pas comme ça !
- Comme est-ce qu'il faut que je vous parle ? Je veux simplement me tirer d'ici et aller boire un verre !
- Écoutez, monsieur Garamond!
- Je n'écoute rien du tout ! Vous croyez que vous allez pouvoir me traiter comme ces deux pauvres types ?
Elle poussa un soupir, me lâcha, et je me retrouvais par terre, les jambes coupées.
L'herbe était fraîche et douce. Je m'y agrippais à deux mains et j'aurais voulu m'enfouir dedans. Quelque chose se relâcha dans ma poitrine comme si toute cette nature avait cessé de peser sur moi. Je regardais le sol, je me sentais mou et ridicule, j'avais les dents serrées et des larmes plein les yeux.
- Excusez-moi, dit-elle, mais vous étiez impossible !
Elle s'agenouilla près de moi, tira un tube de sa poche, en sortit un comprimé qu'elle cassa en deux, et m'en tendit une moitié dans sa paume ouverte.
- Tenez, avalez ça, vous vous sentirez mieux.
- Qu'est-ce que c'est ?
- Prenez-le, c'est rapide et efficace.
Elle me regardait avec patience, la main tendue. Je voyais son genou et sa jambe nue qui sortaient du bas de sa blouse ouverte. Je pris le cachet et l'avalai.
- Respirez profondément et vous allez pouvoir vous lever. Je ne savais pas ce qu'elle m'avait donné mais je me sentis brusquement détendu, presque en forme, et je ne comprenais plus pourquoi je m'étais mis en colère. Je me relevais sans vouloir accepter son aide. Elle avait retrouvé son sourire et son visage digne.
- Je me suis conduit comme un imbécile, non ? Vous en avez encore beaucoup de ces petits machins ?
Elle se mit à rire et c'était la première petite chose vraie et vivante que j'entendais depuis des jours.
- Vous êtes arrivé dans un sale état, Monsieur Garamond, et on vous a fait dormir pendant presque deux jours. Cette petite scène était normale. Venez, Monsieur Enderson nous attend.
Elle se mit à marcher et je la suivis. C'était un vaste parc dont une grande partie était dégagée et plantée de pelouse, devant le grand bâtiment que nous venions de quitter et qui ressemblait à une maison de Maître, avec de hautes fenêtres en façade et un toit compliqué couvert de tuiles rouges et moussues. Un mur bas, en grosses pierres taillées, entourait la propriété et la séparait presque symboliquement de la forêt épaisse qui l'entourait. Une partie du parc était restée boisé et l'on voyait entre les branches qui tombaient presque jusqu'au sol, la grande maison carrée, couverte de lierre, qui semblait lentement attirée et avalée par la forêt.
Nous nous éloignâmes lentement d'elle. Bénédicte marchait devant, tâche blanche et mouvante qui se découpait sur le vert sombre du parc, aussi à l'aise sur ses talons que si elle sortait d'un cocktail pour prendre l'air dans le jardin de ses hôtes. Un chemin passait sous les arbres, pavé de pierres plates et Bénédicte se retourna et m'attendit devant une petite construction que l'on ne voyait pas de la pelouse et qui jouxtait la forêt.
C'était une étrange maisonnette qui tenait de la chapelle romane, ou d'un de ces tombeaux du Père-Lachaise. Elle avait un toit pointu couvert d'ardoises comme une grange de montagne. Il semblait n'y avoir qu'une seule pièce, sans fenêtre, avec simplement un oeil de boeuf en verre épais muni de barreaux en fer forgé, et une porte de chêne plantée de clous rouillés.
J'approchais de Bénédicte qui attendait devant la porte et je vis derrière elle, sur la façade décrépite ; un vieux cadran solaire abîmé. Les chiffres en étoile auréolaient son visage blond et quand elle se déplaça, je vis une vieille inscription en latin gravée sur la pierre :

Vulnerant omnes, ultima necat

- Qu'est-ce que c'est ? demandais-je.
- Le bureau du docteur Enderson, répondit Bénédicte.